Interview de Réginald Becque, ancien joueur de Calais (2000)

Capitaine historique de l’équipe de Calais finaliste de la Coupe de France contre le FC Nantes en 2000, Réginald Becque est revenu sur cette épopée qui a marqué le football calaisien. On évoque également le remake de cette finale qui aurait dû se tenir en juin.

Pour revenir d’abord sur Calais-Nantes, soulever le trophée avec Landreau fait-il partie de tes meilleurs souvenirs ?

Je ne sais pas mais en tout cas c’est une image qui fait partie de l’histoire de la Coupe de France et du foot calaisien. C’est une image, après je garde surtout des souvenirs collectifs car le foot est un sport collectif et cette aventure humaine qu’on a pu vivre pendant six mois. On a vécu des émotions très fortes jusqu’à la finale. Cette finale a été le summum de ma carrière mais j’ai aussi joué en Equipe de France de jeunes, j’ai participé au tournoi de Montaigu, j’ai été champion de France des réserves avec Valenciennes… J’ai quelques très bons moments mais c’est vrai qu’il y a peu de très bons moments dans une carrière qui dure entre 10 et 15 ans donc il faut les savourer, en profiter et quand vous avez la chance de vivre une finale de Coupe de France, qui plus est quand vous êtes amateurs, ça fait partie des moments forts de votre carrière.

En 2018, le capitaine des Herbiers a également soulevé le trophée avec Thiago Silva. Est-on heureux d’aller partager ce genre de moment après avoir perdu une finale ?

Je m’étais posé un peu la question de savoir si je devais y aller, c’est pour ça que j’en avais parlé avec le coach avant de monter car j’étais très surpris aussi de la proposition de Mickaël (Landreau). Et après coup je me dis que ça valorise encore un peu plus notre parcours, que ça met en avant le football amateur puisque football professionnel et amateur sont regroupés sur une même photo et ça incarne parfaitement l’esprit de la Coupe de France. Donc je pense que c’est une belle image pour le football et la Coupe de France.

Source : FFF

Tu n’as pas connu de carrière professionnelle. Est-ce une déception ?

Oui et non. J’ai tout de suite voulu devenir professionnel ; j’ai fait trois centres de formation, j’ai fait les équipes de France de jeunes alors j’avais peut-être du potentiel pour faire quelque chose de mieux dans le football professionnel. Maintenant, je me suis épanoui dans le football amateur en travaillant à côté, j’ai vécu de belles expériences, j’ai voyagé un peu en France, j’ai rencontré des belles personnes et j’ai eu la chance de vivre cette aventure. Je n’ai pas de regret, ça se joue tellement à peu de choses comme être là au bon moment qu’il ne faut pas rester derrière ce qu’on n’a pas réussi à faire. Je suis d’un naturel optimiste donc dès que j’ai eu un échec j’ai tout de suite rebondi et vu ce que je pouvais faire d’autre en me servant de ce que j’avais fait avant et c’est sûr que faire trois centres de formation m’a forcément servi dans le football amateur.

Malgré le fait que tu n’aies pas été professionnel, tu as été capitaine d’une équipe finaliste de la Coupe de France qui a notamment battu Bordeaux, champion de France en titre. Ça compense ?


Non, je ne pense pas que cela compense mais ce qui est certain c’est qu’en tant que footballeur amateur capitaine d’une équipe de CFA, qui a joué une finale de Coupe de France au Stade de France devant 80 000 personnes, je me dis qu’il y a plein de joueurs professionnels qui ne le feront jamais. J’ai eu cette chance, j’en ai profité, j’ai vécu des choses incroyables même complètement inespérées. Mais il n’y a pas de comparaison à avoir.

La Une de l’Equipe après la finale


Durant cette épopée, quel attaquant t’a le plus impressionné toi qui étais défenseur ?

On avait pour habitude de ne pas regarder nos adversaires, de se concentrer sur nous, sur notre rôle mais c’est sûr que lorsque vous avez Christophe Dugarry et Lilian Laslandes face à vous, ça reste impressionnant. Pour leur physique, leur gabarit et en plus Dugarry était champion du monde donc ce sont forcément des personnes qui marquent. Après il y avait Alioune Touré en finale qui allait très vite et qui m’a mis en difficulté. Ce sont d’excellents joueurs donc je n’avais pas la prétention de me comparer à eux alors on essayait tous de donner le maximum et surtout de le faire en équipe et ce qui a permis de renverser de belles montagnes.

Vous avez affronté Bordeaux à Bollaert-Delelis en demi-finale. Sentir l’engouement de la région pour vous pousser, qu’est-ce que cela représentait pour vous ?

On a été portés ! On avait déjà eu une expérience contre Strasbourg où le stade avait été ouvert sur trois tribunes avec environ 25 000 personnes. Là, c’étaient 40 000 acquis à notre cause, avec des supporters lensois qui ont quasiment les mêmes couleurs que nous alors c’était quelque chose d’incroyable. Ça vous porte, ça vous pousse, vous oubliez vos douleurs et vos crampes… C’était forcément un avantage pour nous. On était en CFA et Bordeaux était champion de France alors même avec le public il n’y aurait pas dû y avoir photo et pourtant on a réussi à faire ce que pas beaucoup nous voyaient faire.

Quelles conséquences ce parcours a-t-il eu sur ta vie après 2000 ?

La première conséquence est qu’on en parle toujours vingt ans après (rire). C’est quand même une sacrée conséquence. Comme je suis toujours dans le milieu du football, ce sont des sujets qui peuvent toujours ressortir mais on a vécu pendant six, sept ou huit mois une aventure incroyable. Il y a donc des choses qu’on n’aurait pas pu faire sans cette aventure. Ce sont surtout les expériences qu’on n’a pu vivre car ça n’a pas changé intrinsèquement notre vie même si on fait partie de cette épopée dont on parle encore vingt ans après. Ça reste un moment très important de notre vie et de notre carrière.

Source : Daylimotion

Après la finale, vous avez connu la montée en National. Comment as-tu vécu en 2008 la rétrogradation administrative du club ?

Je pense que le club a perdu un peu de son identité. Sur la saison 2000-2001, le club a voulu monter à tout prix mais il n’était pas du tout prêt ; en 2000 on est en National et on continue à travailler, les conditions de déplacement et d’entraînement sont très difficiles… On a connu la relégation et le club a changé, il a perdu son identité régionale. Je suis passé coach puis je suis parti du club parce que ça ne fonctionnait plus comme ça aurait dû fonctionner et je pense que le club s’est perdu.

Tu as entraîné à Calais et aujourd’hui en tant qu’adjoint à Marck. Aimerais-tu entraîner en tant que principal ?

J’ai passé les diplômes pour puisque j’ai le DEF même si les diplômes ont évolué. J’aurais aimé, cela ne s’est pas fait, aujourd’hui avec mon activité professionnelle cela me paraît plus compliqué mais on ne sait jamais les opportunités peuvent toujours arriver. Mais aujourd’hui j’ai pris un peu de recul.

Aujourd’hui tu as un rôle au sein de la FFF, peux-tu en dire un peu plus sur ce rôle ?

Je travaille à la Fédération à la direction du football amateur. Je suis au service événementiel et suis en charge de la communication, des partenariats et surtout du partenariat Nike puisque Nike a prolongé avec la Fédération pour huit ans en 2018. Et je travaille aussi pour la promotion de tous les événements que ce soit la rentrée du foot, la journée des bénévoles, la journée des débutants, le festival U13…

Travailler pour la promotion du football amateur, était-ce une évidence pour toi ?

C’est presque le job parfait. Je reste dans le foot, non plus sur le terrain mais dans la mise en place de projets, alors c’est magnifique. C’est pour moi le boulot de rêve, je n’ai jamais l’impression de travailler parce que je fais ça avec telle passion et tel plaisir que c’est le pied de travailler dans ce cadre-là.

Selon toi, une équipe amatrice comme vous l’étiez pourrait-elle toujours en 2020 créer la surprise et jouer une finale de Coupe de France ?

Aujourd’hui, en CFA qui correspond à la Nationale 2 l’évolution est énorme puisque les cinq ou six premiers de N 2 sont des contrats fédéraux avec des joueurs qui ne travaillent pas et qui sont à temps plein au club. Il ne peut pas y avoir de comparaison. Aujourd’hui, si un club amateur devait aller en finale de Coupe de France, dans notre fonctionnement, ce serait plutôt une R1 ou R2. A Calais on n’avait pas de contrat fédéral, on travaillait tous, on s’entraînait le soir trois fois par semaine sur un terrain qui ressemblait à un champ de mine… Après, avec l’hégémonie du PSG, même si l’an dernier Rennes l’a battu, cela va être compliqué pour un club de CFA d’aller en finale de Coupe de France. Même si le tirage au sort peut faire que, ça me paraît compliqué.

Cet été aurait dû se tenir le remake de la finale. Compte tenu de la situation, où en êtes-vous dans l’organisation de cet événement ?


On envisage forcément de le reporter puisqu’on ne pourra pas remplir le stade et que ça fait un mois qu’on ne vend plus de places. Le match est un match caritatif pour les associations calaisiennes donc l’objectif est d’amener un maximum de personnes dans le stade pour vivre un bon moment. Donc on va être amenés à le reporter et on devrait pouvoir le reporter à l’année prochaine.

Vous auriez fêté les 20 ans de la finale de 2000. Jouer ce match en 2021 change-t-il quelque chose à la saveur du match ?

Non parce qu’on aura toujours le plaisir de se rencontrer, de se voir et on aura plus de temps pour le préparer ou pour avoir d’autres idées autour de l’animation de l’événement. Oui, on aurait aimé le faire à 20 ans pile ou même de le faire durant l’année 2020. Ce ne sera pas possible mais tant qu’on arrive à le faire et qu’on arrive à faire venir un maximum de monde dans le stade, que ce soit 20 ou 21 ans ça ne va pas contrarier les gens et surtout c’est de faire en sorte de faire un bel événement.

Vous prépariez-vous sportivement à cette rencontre ? Vous êtes-vous revus spécialement pour cet événement avec l’effectif ?

On se revoit régulièrement puisqu’on fait des réunions pour préparer le match et on en profite pour faire de temps en temps un five ou un padel. On avait aussi prévu de jouer un ou deux matchs amicaux pour jouer à 11 et retrouver la forme et des automatismes. Au vu de la situation, on va avoir un an pour se préparer encore mieux et essayer de faire quelques matchs avant tout pour le plaisir de se retrouver.

Et avec les Nantais, notamment Mickaël Landreau, aviez-vous gardé contact ou avez-vous repris contact simplement pour ce match ?

Non, avec Micka on est amis ! Depuis 2000, je ne vais pas dire qu’on est en contact tous les jours, mais on échange régulièrement et on prend de nos nouvelles respectives. C’est pour ça qu’on a réussi à monter ce match logiquement puisque j’entretiens d’excellentes relations avec Micka qui voulait aussi profiter de ce match pour partager un bon moment avec ses anciens coéquipiers.

A-t-il été dur de réunir tous les Nantais qui ont connu une carrière professionnelle mais ne sont pas tous restés dans le monde du football ?

Ça, c’est une gestion de Micka sachant que l’équipe nantaise sera une sélection des joueurs de 1999, 2000 et 2001 c’est-à-dire deux Coupes de France et un titre de champion de France. Micka devait venir avec 28 joueurs donc je pense qu’il n’a pas eu trop de mal à trouver des joueurs et des membres du staff donc ça prouve aussi l’envie des coéquipiers de se retrouver mais aussi de nous revoir, comme j’en ai eu des échos mais aussi d’échanger comme on avait pu le faire après la finale.

Serais-tu intéressé par un retour au club ?

Aujourd’hui, le CRUF en tant que tel n’existe plus. Il y a deux entités avec le Grand Calais Pascal et le Calais Hauts de France et que ce soit Christophe Hogard, Jérôme Dutitre, Jocelyn Merlen ou moi, nous n’avons jamais été sollicités pour occuper un rôle. On y a été juste après l’épopée, puis on nous a bien fait comprendre qu’on dérangeait aux postes à responsabilités. Au moment de la liquidation du club, il n’y avait quasiment plus aucun ancien joueur de 2000 au club. C’est quand même bien dommage car pour transmettre de l’expérience et un vécu ce n’est pas la meilleure de choses.

C’est une déception pour toi ?

Oui bien-sûr car on était prêts à s’investir on avait des diplômes et on avait surtout vécu une expérience incroyable donc pour la transmettre aux jeunes et garder une identité calaisienne, régionale, je pense que cela aurait été différent et cela aurait été important de pouvoir transmettre ces choses.

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