Jardim, l’artisan du Rocher

Arrivé en provenance du Sporting Lisbonne à l’été 2014, Leonardo Jardim a été démis de ses fonctions d’entraîneur de Monaco hier après-midi suite à un début de saison catastrophique. Pourtant, le technicien portugais a su insuffler à son équipe une régularité remarquable ponctuée par plusieurs exploits. Retour sur quatre années passées sous le soleil monégasque.

 

Au premier plan dans l’hexagone

De la saison 2014/2015 jusqu’en 2017/2018, l’AS Monaco n’a jamais quitté le podium de la Ligue 1. Une régularité qui impressionne lorsque l’on sait que l’arrivée de Jardim dans la Principauté a coïncidé avec le changement drastique de politique du club : fini le temps des dépenses astronomiques sur le marché des transferts, place à la formation et à la revente de jeunes espoirs. Des départs majeurs, comme ceux de James ou de Falcao en prêt, n’empêchent pas le portugais de mener les siens jusqu’à une troisième place en Ligue 1 pour sa première saison, après des débuts compliqués et critiqués par nombre d’observateurs. Bis repetita la saison suivante où les monégasques finissent une nouvelle fois sur la dernière marche du podium, devancé par l’Olympique Lyonnais à la différence de buts particulière, avant de créer l’exploit lors de la saison 2016/2017.

En effet, le plus grand fait d’arme de Jardim sur le Rocher réside assurément dans le titre de champion de France 2017 remporté au nez et à la barbe du Paris Saint-Germain. Avec un jeu offensif et séduisant, les monégasques ont inscrit 95 points et 107 buts en 38 journées et interrompu l’hégémonie du PSG version QSI dans l’hexagone en soulevant le huitième championnat de France de l’histoire monégasque. Mais ces chiffres ont également permis au club du Rocher de partager avec le PSG de 2015/2016 le record de victoires en championnat avec 30 matchs remportés, ainsi que de battre le nombre de points obtenus à domicile avec 52 unités et de signer la plus longue série de victoires consécutives avec 12 succès de rang de la 27ème à la 38ème journée. Des performances grandioses qui ont valu à Leonardo Jardim de remporter le trophée UNFP du meilleur entraîneur de l’année en Ligue 1.

Enfin, la saison passée, Monaco décroche la place de dauphin à 13 points d’un PSG intraitable. Un quatrième podium en quatre ans pour Jardim qui est l’entraîneur monégasque à la plus grande longévité depuis 2005 et le départ de Didier Deschamps qui a également occupé cette fonction durant quatre saisons avant de quitter le navire au début de la cinquième année sur le banc de l’ASM ; avant l’arrivée du portugais, Monaco a connu huit entraîneurs en neuf ans. Leonardo Jardim a donc apporté stabilité et régularité sur le Rocher, avant de sombrer en ce début de saison, tout en redorant l’image du club monégasque sur la scène européenne.

 

Des prouesses en Ligue des Champions

Si la régularité en Ligue 1 ne s’est pas réellement transposé en Ligue des Champions, il n’empêche que Jardim est parvenu à mener son équipe à des stades auxquels Monaco n’était pas prédestiné. En 2014/2015, après avoir fini à la première place d’un groupe homogène composé du Bayer Leverkusen, du Zenith Saint-Petersbourg et du Benfica Lisbonne, l’ASM renverse contre toute attente Arsenal en huitièmes de finale en s’imposant 1-3 à l’Emirates Stadium lors du match aller, la défaite 2-0 à Louis II permettant tout de même aux asémistes d’accéder au tour suivant et de déjouer les pronostiques. Pour sa première épopée européenne avec le coach portugais, les monégasques se hissent jusqu’en quarts de finale où ils sont éliminés par la Juventus Turin après une défaite 1-0 en Italie.

En revanche, la campagne suivante tourne court pour le Monaco de Jardim. La saison 2015/2016 débute par une victoire facile face aux Young Boys de Berne sur le score cumulé de 7-1 lors du troisième tour de qualification mais est stoppée net par Valence en barrages. L’ASM est donc renversé en Ligue Europa où elle est éliminée en terminant à la troisième place du Groupe J, derrière Tottenham et Anderlecht.

Mais à l’image du championnat de France remporté cette même année, la plus grande performance européenne de Monaco avec Jardim à sa tête a lieu lors de l’édition 2016/2017. Les Rouges et Blancs éliminent Fenerbahçe puis Villarreal pour accéder à la phase de groupes où ils héritent de vieilles connaissances que sont Tottenham et le Bayer Leverkusen accompagnées par le CSKA Moscou. Les monégasques terminent à la première place de ce groupe E et rencontrent le Manchester City de Guardiola en huitièmes de finale qu’ils éliminent grâce à la règle du but à l’extérieur après s’être incliné 5-3 en Angleterre et s’être imposé 3-1 à Louis II. C’est ensuite au tour de Dortmund de subir les foudres de l’ASM qui s’impose en Allemagne (2-3) puis en France (3-1) et file donc en demi-finale. Comme deux ans auparavant, c’est la Juventus Turin qui se met sur la route des monégasques, et comme deux ans auparavant, ce sont les italiens qui s’imposent cette fois-ci sur le score cumulé de 4 buts à 1. Malgré cette élimination, cette épopée est particulièrement remarqué et remarquable en raison des équipes battues et du jeu proposé par Monaco qui devient le premier club européen à atteindre le dernier carré en ayant débuté la Ligue des Champions lors du troisième tour éliminatoire. Ce parcours signe également la meilleure performance d’un club français en C1 depuis la demi-finale disputée par l’OL en 2010.

Cependant, l’an dernier marque une grande déception pour l’AS Monaco qui achève la phase de poules à la quatrième et dernière place du groupe G sans la moindre victoire face à des adversaires présumés à sa portée (Besiktas, Porto et Leipzig). Une campagne désastreuse qui se poursuivait cette saison avec deux défaites en autant de rencontres avant le départ de Jardim, cette fois-ci face à des adversaires plus prestigieux que sont l’Atletico Madrid et le Borussia Dortmund.

 

Le centre de formation de l’Europe et du monde

L’arrivée de Jardim a été conjuguée à une politique particulière de la direction monégasque : acheter des jeunes joueurs à fort potentiel, les faire progresser et les revendre au prix fort. L’aventure de Jardim à la tête de Monaco apparaît alors comme une réussite d’autant plus probante : au-delà des performances sportives, le technicien portugais a activement participé à l’éclosion de pépites du football mondial. De plus, il est parvenu à maintenir des résultats réguliers, du moins en Ligue 1, avec un chamboulement presque annuel de son effectif provoqué par les vagues de départs chaque été. Là résulte la performance majeure de Jardim : avoir assuré la réussite sportive tandis que ses meilleurs éléments quittaient le club chaque été pour des sommes records, et assurer ainsi la pérennité financière du club par la même occasion.

Sous son ère, les joueurs vendus ont rapporté 757,75 millions d’euros à Monaco, soit une moyenne de 151,55 millions d’euros lors de chacun des cinq mercatos estivaux vécues par le portugais dans la Principauté. Depuis cinq ans, soit un an avant l’arrivée de Leonardo Jardim, Monaco a réalisé une plus-value estimée à environ 408 millions d’euros sur le marché des transferts avec 410 millions d’euros d’achats et 818 millions d’euros de vente. En un an, entre l’été 2017 consécutif au titre de champion de France et l’été dernier, l’ASM a réalisé des ventes estimées au total à environ 526 millions d’euros. Quelques mois après avoir soulevé le trophée de la Ligue 1, le club de la Principauté a réalisé un retour sur investissement d’environ 631% avec les seules ventes de Tiémoué Bakayoko (45 millions d’euros) à Chelsea, Bernardo Silva (50 millions d’euros) à Manchester City, Benjamin Mendy (57,5 millions d’euros) également à Manchester City et Kylian Mbappé (180 millions d’euros) au PSG. Un bilan économique impressionnant et unique en Europe auquel Jardim a pleinement contribué en faisant confiance et en révélant les nouveaux grands talents du football européen.

Car au-delà de la plus-value purement financière, la véritable plus-value apportée par Jardim peut également se mesurer par son apport aux joueurs en eux-mêmes. Après avoir évolués sous ses ordres, la plupart ont rejoint des grands clubs européens, comme Martial à Manchester United (60 millions d’euros), Kurzawa (25 millions d’euros) et Mbappé au PSG, Kondogbia (36 millions d’euros) à l’Inter Milan, Carrasco (environ 25 millions d’euros) et Lemar (72 millions d’euros) à l’Atletico Madrid, Mendy et Silva à Manchester City, Bakayoko à Chelsea ou encore Fabinho (45 millions d’euros) à Liverpool. Certains d’entre eux ont également vécu et vivent encore des sélections en équipe nationale comme Mbappé (24 sélections), Mendy (9 sélections) et Lemar (13 sélections) qui ont remporté la Coupe du Monde 2018 avec l’Equipe de France. Kondogbia, Kurzawa et Bakayoko ont également connu les Bleus avec respectivement 5, 11 et 1 sélections, tandis que Martial (18 sélections) a disputé l’Euro 2016. Lors de la dernière Coupe du Monde, Carrasco et Silva ont également foulé les pelouses russes avec la Belgique et le Portugal.

Leonardo Jardim peut donc se vanter d’avoir façonner une partie des prodiges du football européen en obtenant de (très) bons résultats tout au long de son aventure sur le banc de l’AS Monaco. Mais cette saison, le magicien semble avoir perdu le secret de sa formule. Quatre ans de bons et loyaux services, des titres remportés, une histoire marquée et puis s’en va. Chapeau l’artiste, et boa sorte.

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